Papa, après être venu au monde à Chatel-Saint-Denis le 1er mars 1944, tu rentres chez toi à Progens, paysage pastoral pour une vie qui sera créative et riche en événements.

Enfant, tu gambades, adolescent tu chevauches à la belle saison et le temps d’un hivers long et rigoureux tu dévales les pentes enneigées avec tes spatules en bois. Tu dessines aussi, classant soigneusement dans une fourre tes dessins de couleurs, racontant la nature, celle des Hommes, de la faune et de la flore. Presque tout est dit, la parole fut écrite durant ton enfance, Papa tu accompliras ton Ecriture, celle de ton destin.

Tu apprends le métier de coiffeur et pendant plus de vingt ans tu auras sculpté des milliers de têtes, en les embellissant, préfigurant ainsi ton désir de forme et de matière à modeler.

Jeune adulte tu quittes la maison qui restera ton socle tout au long de ta vie, pour jouir du fruit de la terre et pour faire face aux vicissitudes, tu quittes cette demeure que tu avais partagée avec Papa, Maman, et ta fratrie : Serge, Gemma, Ernest et Josiane.

Le temps passe et tu arrives à Meyrin, première citée satellite de Suisse, qui est en ébullition, et de ton premier mariage (avec Maman) tu as un premier garçon (Jean-Marc.)

Puis tu décides de quitter cette nouvelle banlieue pour la ville : tu deviens enfin un vrai citadin ! Avec Maud, c’est la naissance de Laurent et les grandes décisions du retour à tes vraies aspirations, le sport et la peinture.

Tu commences par le ski où tu brilles par tes talents de slalomeur, d’instructeur et de compétiteur chevronné. Ce sport te collera à la peau toute ta vie, tu étais né pour lui. Mais l’été il n’y a pas de neige, elle a fondu et les lacs ont grossi, alors c’est l’occasion de pratiquer un nouveau sport, le ski nautique, où l’on te voie slalomer entre la Perles du lac et les Bains des Pâquis. Décidément, ta vie est une affaire de glisse et ta virtuosité restera sans égale !

Puis vient la quarantaine, sans jeux de mots… période de remise en question. Tu fais le grand saut et réalise le rêve que Papa et Maman ne pouvaient t’offrir quand tu étais enfant, celui d’être artiste peintre. Début « aquarelle », puis rapidement attiré par l’huile, tu y racontes ta venue à Genève et ta découverte de la ville. Tu peints chevaux et clowns, sagesse et enfance, nature et spectacle. Avec expérience et maturation tu diriges ton art vers l’abstrait et tu exploites tes talents à plein rendement par la sculpture des matériaux. Tu transformes bois et métaux en message d’appel à la tolérance et à l’harmonie.

Exposant en Suisse, enseignant à Genève, éclectique, tu bâtis une réputation d’artiste peintre dont la volonté nous rappelle celle du skieur de compétition.

Les années passent et avec Véronique tu approfondis ton message, celui de la pastorale. De retour à la campagne, les chevaux font maintenant partis de ton quotidien. Vos voyages agrémentent ta vie et alimentent tes œuvres.

Toujours sportif tu descends les cimes tous les hivers comme le pinceau dessine sur la montagne les traits de couleur qui épousent les irrégularités d’une toile ondulée dont tu maitrises les formes.

Tu continues encore à enseigner ce sport aux plus jeunes générations. Tu es écouté par tes pairs et certains de tes élèves pourraient être tes petit-enfants !

Et de contempler ta vie au travers des saisons :

Les mouches couvrent les bêtes jusqu’à l’agacement, les troupeaux se remplissent la panse d’herbe grasse et abondante avant qu’elle ne sèche sous la chaleur du soleil, comme l’huile sur la toile. C’est la saison de l’improvisation.

A l’automne, c’est la récolte des foins et si l’année a été bonne celle du regain. C’est la saison des couleurs qui envahissent tes toiles par tes touches de pinceaux, du gris à l’ocre, du bleu au rouge, à la recherche de cette chaleur humaine, de cette harmonie que tu désires tant.

L’hivers est maintenant roi sur la terre. Le grenier est plein, la nourriture est dans le garde-manger. La peinture se fait plus lente mais plus sûr, elle bénie les saisons passées avec la sagesse du cœur et les enfants sont là, attroupés autour de toi, qui regardent l’artiste.

Vient la dernière saison, celle du printemps. Renouveau, renaissance, les journées se rallongent et chauffent les sols et c’est alors… que l’inspiration renait, celle de l’espérance, celle de la terre nourricière, des jeunes pousses qui éclosent, de l’herbe et des rochers, des maisons et des bêtes, des hommes et des femmes, de tout ce qui est pour toi source d’inspiration pour ton art et source de repos pour tes randonnées à cheval.

Et de poser cette question saugrenue : Papa, qui es-tu ?

L’amour des chevaux, l’expression picturale, l’enseignement comme acte de donner du pain à ton prochain et l’homme d’action qui défie la gravité sont là les mots qui forment ton être, toi, Gilbert Victor Pauli, qui, des Jardins du Très-Hauts, contemple le monde dans son harmonie et sa joie de vivre.

 

Jean-Marc Pauli

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